top of page

L'été prochain à Stornoway (extrait)

Dernière mise à jour : 7 sept. 2025


CHAPITRE UN : EN PASSANT PAR BRODICK



Un cri d’horreur venu du bateau voisin traversa la baie de Brodick. Des

mouettes s’envolèrent précipitamment. Je sentis des événements récents

remonter à mon esprit et fus parcouru d’un frisson d’effroi.

L’équipage du voilier essayait de s’amarrer à une bouée réservée aux visiteurs

et semblait éprouver des difficultés à attraper les aussières de celle-ci. Elles

paraissaient emmêlées avec une masse sombre.

Leur annexe n’était pas gonflée et il me parut légitime d’aller les aider. La

mienne étant restée suspendue aux bossoirs, je me précipitais à l’arrière et la

mis à l’eau.

En quelques coups de rames j’arrivai à destination. La première chose que je

vis fut des filaments avec des reflets jaunes d’or. Au deuxième regard je

compris la cause du cri perçant qui avait interrompu ma rêverie.

Un corps, à demi caché sous un paquet d’algues, flottait entre deux eaux. Il

semblait attaché par les cheveux à la chaîne qui maintenait la bouée. Ce

cadavre avait dû séjourner dans l’eau un certain temps puisqu’il était tout

boursouflé et déformé. En un instant je fus projeté des années en arrière :

j’étais interne en médecine générale et, avec mon maître de stage, j’étais

intervenu pour un cadavre que la mer avait jeté à la côte. Comme lui il était

presqu’entièrement dénudé, ne conservant que quelques fragments de

vêtements. Je sentis monter une nausée que je parvins, bien vite, à surmonter.Machinalement je relevais la tête vers le couple qui se tenait tout tremblant à

l’étrave du bateau. Ils étaient livides, en sueur.

Pour la deuxième fois en 15 jours, j’étais témoin d’un événement dramatique.

Pourtant, l’été semblait bien s’annoncer sur cette île écossaise, baignée par le

Gulf Stream, où les vents m’avaient amené.

Quelques minutes plus tôt, assis sur la plage avant de mon voilier,

confortablement adossé au mât, je contemplais le rivage et les premières

collines de l’île d’Arran. Un soleil, probablement inhabituel pour ce mois de

juin, baignait toute la baie de Brodick.

Le vent d’ouest soufflait légèrement à mes oreilles, comme un doux murmure,

et le bateau faisait face à la côte.

L’un après l’autre, les voiliers qui avaient quitté Belfast au petit jour affalaient

leurs voiles et choisissaient un endroit où mouiller.

Je suivais discrètement ces manœuvres qui se faisaient plus ou moins

calmement. J’avais toujours aimé ce moment précieux où j’ avais le sentiment

du devoir accompli.

Il est vrai que la navigation s’était déroulée sans problème. Au loin, côté nord

de la baie, nimbé de nuages, se dressait fièrement le mont Goat Fell qui, du

haut de ses 874 m, surveillait celle-ci . Témoin silencieux des siècles passés,

peut-être trouverait il un jour le moyen de raconter ce qu’il avait vu.Côté sud, un ferry manœuvrait pour accoster. En ce mois de juin peu de

monde se pressait sur le pont.

Droit devant, l’église dressait fièrement son clocher.…

Puis, soudain, il y avait eu ce cri qui avait interrompu ma contemplation et ne

laissait planer aucun doute : il se passait quelque chose d’anormal sur le

voilier voisin.

En arrivant à proximité de celui-ci mon regard se porta alternativement sur le

corps à demi immergé et sur l’équipière et le barreur qui l’avait rejointe

précipitamment à l’avant. Lorsque ma mâchoire recommença à fonctionner je

m’entendis articuler : « ici aussi ! »

L’homme et la femme me regardèrent bizarrement. Ils avaient l’air

interloqués.

Je sentis que je devais vite dire quelque chose si je ne voulais pas qu’un gros

malaise s’installe.

— C’est la deuxième fois en quinze jours.

Je ne laissai pas retomber la curiosité ainsi créée et ajoutai :

— J’ai vu la même chose aux Glénans.

Très vite j’ajoutais :

— Je m’appelle Erwann. Je viens de Bretagne... Et vous ?

— Nora et Jacques. Nous venons aussi de Bretagne.Nora et Jacques pâlissaient à vue d’œil et de grosses gouttes de sueur ornaient

leurs fronts. Je me sentais guère plus à l’aise mais pensais qu’il serait bien

qu’ils aillent faire un petit tour à terre et que pour cela je leur fournisse une

bonne raison :

— Ce serait bien qu’on prévienne immédiatement les autorités. Finissez de

vous amarrer sur cette bouée puis prenez mon annexe. Je reste à bord et

surveille que rien ne bouge.

Le plan d’eau était calme. Le vent d’ouest qui nous avait accompagné depuis

Bangor, la grande marina du sud de la baie de Belfast, nous avait permis de

faire une bonne navigation et ne parvenait que très faiblement au creux de la

baie. En outre une cinquantaine de mètres, seulement, nous séparaient de la

côte.

J’étais arrivé en Écosse avec la ferme intention d’y flâner et d’y finir mon

roman et manifestement mon programme était bouleversé avant même d’y

poser les pieds. Faire les déclarations aux Glenans m’avait semblé très long.

Là-bas, comme apparemment ici, la victime était une jeune femme blonde.

Comme la fois précédente elle avait les cheveux longs, en tout cas assez longs

pour s’emmêler avec les amarres d’une bouée et comme aux Glénans la tête

avait été fracassée comme si l’on avait tapé dessus jusqu’à la mort.

Je restais abasourdi de subir deux fois de suite un évènement aussi

exceptionnel, Cela dit je ne cherchais même pas à me rebeller contre ce sort...Cependant un frisson d’effroi me saisit à nouveau. Je venais à peine de me

remettre de la première découverte et, à présent, tout recommençait.

Une demi-heure plus tard c’est sur un semi-rigide vrombissant que le couple

de marins revenait au bateau, mon annexe accrochée à l’arrière tapant sur les

vagues. Le voyant ainsi “débouler” je me préparai au crash. Mais le matelot

du port aux commandes paraissait habitué à sa conduite qu’il assurait d’une

seule main. Ce n’est qu’à une dizaine de mètres qu’il coupa les gaz. Le semi-

rigide finit sur son ère et l’officier du port vint le placer le long du voilier. J’

allais l’aider à s’amarrer mais il s’était déjà mis debout et, se tenant aux

filières, faisait reculer son engin, permettant au couple de remonter à bord par

l’arrière.

Lorsqu’il vit ses passagers en sécurité, il lâcha le voilier puis se dirigea vers

son avant.

Il amarra son bateau à la bouée.

En fait les cheveux étaient emmêlés avec les amarres de celle-ci et les marins

sous le choc avaient néanmoins réussi à passer un mousqueton sur son

anneau.

Mon anglais scolaire me permit de comprendre ce que le Harbour Master

voulait dire à mes voisins, d’autant qu’il s’était aidé de grands gestes de la

main pour appuyer ses paroles.

Tout fier d’avoir compris, je leur traduisis :

— Il préférerait que vous preniez la numéro 22, celle que quitte le voilier là-

bas.

Ils regardèrent dans la direction que leur avait indiquée le Harbour Master

quelques instants auparavant puis se larguèrent de la bouée maudite sans

demander leur reste. Le capitaine de port n’eut que le temps de détacher le

semi-rigide et me lança ce qui paraissait un ordre.

À son œil interrogateur et noir, je compris qu’il allait falloir me rendre à terre

sans délai.

« Il y a les vivants, les morts et ceux qui vont sur la mer » disait Aristote. Je

m’aperçus que cette phrase me trottait dans la tête depuis mon passage aux

Glénans. Deux morts en trois semaines de navigation ça n’est pas rien… et, à

chaque fois, des jeunes femmes blondes apparemment battues, du moins

assommées à mort. En tout cas le cadavre d’aujourd’hui me faisait trop penser

à celui des Glénans, à ceci près qu’il avait dû séjourner plus longtemps dans

l’eau. Mes cours passés de médecine légale me traversèrent à nouveau

l’esprit.

Je commençais à croire que ma croisière était maudite. Allais-je me réveiller

de ce cauchemar. Sur les traces de quel « maritime » killer étais-je en train de

naviguer ?

Je chassais bien vite cette pensée de mon esprit : je n’étais pas dans un roman

policier.Les Glenans et maintenant Brodick dans le Firth of Clyde … Je commençais à

peine à oublier la première découverte et voilà que tout recommençait.

Pendant quelques secondes je me demandais si les policiers écossais n’allaient

pas me prendre pour le serial killer lui-même puis chassait cette pensée

cauchemardesque.



CHAPITRE DEUX : UN PETIT TOUR A TERRE


Je remontai à bord du Skerryvore et enfilai rapidement un jean et un T-shirt

propres. Machinalement je pris un pull que je mis dans le petit sac à dos que

j’emmenais toujours avec moi quand j’allais à terre et descendis dans

l’annexe.

Le Skerryvore n’était qu’à 40 ou 50 mètres du rivage et on était à marée

haute. Pas besoin du moteur, les rames suffisaient amplement pour une aussi

faible distance et débarquer sur la plage de sable gris.Ayant parcouru quelques mètres je vis arriver une énorme vague et n’eus que

le temps de plonger au fond de l’annexe pour éviter qu’elle ne se retourne.

Toujours sous le choc de la découverte de ce nouveau cadavre, je me maudis

de n’avoir pas su anticipé ce phénomène et m’apprêtais à pousser un cri de

colère contre le responsable. Apercevant le ferry qui faisait son demi tour

avant d’accoster je compris qu’il était le responsable et que crier ne servirait à

rien d’autre que faire peur à mes voisins de mouillage.

La dizaine de bateaux sur ancre ou bouée roulaient bord sur bord en faisant un

bruit de drisses claquant aux mâts comme dans un port par grand vent. Il

fallut bien dix minutes pour que le ressac cesse et que le calme revienne sur la

baie.

J’attendis que l’eau soit redevenue calme en surface et je me remis à ramer

jusqu’à la côte. Il n’y avait qu’à tirer l’ annexe de quelques mètres pour la

mettre en sécurité ; la mer pouvait finir de monter sans risquer de la faire

flotter. Au loin le ferry de la Caledonian MacBrayne terminait sa manœuvre

et s’amarrait à l’embarcadère.

Sac au dos j’entrepris la progression vers le village. Le bureau du port était

fermé en cette fin d’après-midi mais en faisant le tour je trouvai une porte

entrouverte. Le Harbour master était debout devant son bureau, me tournant le

dos. Manifestement il essayait de trouver quelque chose dans

l’amoncellement de papiers qui encombraient son bureau. Je frappais à la

porte. Il sursauta et se retourna. En me reconnaissant il sourit et me salua.Avec les quelques mots communs dont nous disposions l’un et l’autre je

compris qu’il m’avait pris un RDV au police-office de l’île, avec un dénommé

Steve, une demi-heure plus tard. Il ajouta un « good luck ! » qui me rendit

perplexe.

Le bar de l’un des multiples terrains de golf de l’île jouxtait le bureau du

maître de port et je m’y engouffrais. Je disposais d’un quart d’heure pour

arriver à mon rendez-vous.

Avisant un serveur qui passait non loin de la table, j’esquissai un geste. Le

serveur arriva avant même que j’eus reposé mon bras et me demanda en

français, avec l’accent de Marseille :

— Alors c’est vrai … vous avez trouvé un cadavre sur la bouée où vous

vouliez amarrer votre bateau ?

— D’où tenez-vous cette information ? répondis-je, très étonné de la vitesse à

laquelle les nouvelles se répandaient.

— C’est vrai, excusez-moi ; je ne me suis pas présenté. Je m’appelle Michel.

Je travaille ici tout l’été depuis plusieurs années. Ma sœur vient d’arriver de

Dun Laoghaire sur un voilier en même temps que vous et vous a vu découvrir

ce corps. Il paraît que c’est la deuxième fois en quinze jours ? Vous tenez le

choc ? J’ai vécu la même chose à Camarinas au printemps dernier. Il m’a fallu

au moins quinze jours pour m’en remettre …

— À Camarinas ?

— Oui. La tête fracassée comme ici. La victime, une jeune fille, avait dû

dériver un certain temps avant de s’échouer sur la plage où des promeneurs

l’ont trouvée. La presse en a parlé plusieurs jours. Toutes sortes de

suppositions sur le parcours du cadavre ont été faites. Des études de

courantologie ont même été menées, mais les courants giratoires de cette baie

ne permettaient pas de conclure à quoi que ce soit. Je crois que, malgré

l’insistance du père de la victime, la police a laissé tomber l’affaire.

Et sur le même ton il ajouta :

— je vous sers quoi ?

J’ouvris la bouche pour commander une boisson mais aucun son ne sortît

— Bière ou whisky ?

— Mais comment savez-vous que c’est moi ? parvins-je à articuler.

— Ma sœur m’a parlé d’un type plutôt grand avec une casquette de

Concarneau.

Je hochais la tête et poursuivis ma commande :

— Le whisky local conviendrait mieux !

Le matin même j’avais quitté Belfast peu avant l’aube pour bénéficier du

courant maximum de mi-marée.

J’avais passé la nuit dans la marina de Bangor après avoir longuement hésité

avec celle de Carryckfergus, au nord de la baie.

Un léger vent d’ouest m’avait permis de dérouler mon gennaker tout neuf et

de maintenir une belle moyenne de huit à neuf noeuds , avec des pointes àdouze noeuds. Bref une voile d’avant géniale. Les 60 milles nautiques avaient été avalés en à peine huit heures.

Comme la géographie fait parfois bien les choses j’avais pu parcourir les deux

tiers du trajet avec la petite île d’Ailsa Craig en ligne de mire.

Ses 300 et quelques mètres de hauteur étaient juste placés sur le parcours.

Pour m’éviter quelques manœuvres j’ avais décidé de passer à trois milles

nautiques à l’ouest de ce rocher.

Quelques années plus tôt un vent d’est inhabituel m’avait contraint à passer à

l’ouest de l’ile d’Arran, repoussant ainsi de plusieurs années la découverte de

cette île réputée pour être une Écosse miniature.

Ceci dit, naviguer entre la presqu’île de Kintyre et l’ile d’Arran m’avait laissé

un souvenir impérissable, de ces souvenirs magiques qui éclairent toute une

vie. Je me souvenais avoir parcouru la trentaine de milles nautiques qui

séparent Campbeltown de Tarbert sous gennaker et avec le courant. Quelques

nuages avaient bien tenté leur chance mais l’île les avait bloqués, me laissant

progresser sous un ciel bleu toute la journée. Et j’ étais arrivé juste avant que

le courant ne s’inverse.

Un bruit de verres qui s’entrechoquaient me rappela brutalement à la réalité.

Rouvrant les yeux, je vis le serveur à l’accent marseillais qui s'était assis en

face de moi.

— Racontez moi ; j’ai fini mon service du jour et j’ai tout mon temps .

— Je veux bien mais je suis convoqué au poste de police. J’ai juste le temps

de finir mon whisky. Il s’appelle Steve d’après la carte de visite que m’a

laissé celui qui est venu sur le plan d’eau.

Je vis l’homme du sud soupirer et lâcher un sonore « Peuchère ! »

— …

— Si vous voulez je vous attends avec une bière. Je crois que vous aurez

besoin de parler après avoir rencontré l’agent de police qui est connu pour

classer les affaires plus vite que son ombre.

— …ça promet ! et je pris congé en promettant de revenir.

Je n’aurais su dire pourquoi mais je me mis à compter les pas qui me

séparaient de la porte du bureau de police. Cinquante-deux pas, trop longs ou

trop courts ? Il peut s’en passer des choses en 52 pas. En fait je repensais au

« good luck !» lancé par le Harbour Master et à la réflexion du serveur. Qui

était cet officier de police apparemment si peu apprécié ? Pourquoi voulait il

me voir moi alors que le couple de voisins de mouillage l’avait déjà vu et

avait dû tout lui expliquer ?

Je me crus autorisé à lancer un sonore « Hello ! » en franchissant le sas

d’entrée. J’entendis un grognement plus qu’une voix pour toute réponse ;

c’était bizarre pour le français égaré que j’étais.

Dépassant le comptoir, je passais la tête dans le premier bureau d’où

semblaient provenir les grognements. Un gros type mal fagoté s’y curait les

narines et me dévisagea de la tête aux pieds.

— What’s happened ?

— I’m sorry. I speak English just a little bit … »

Épuisé par tant d’efforts, je me jetais sur la chaise des visiteurs, contraignant

le policier à faire le tour de son bureau et se poser dans le fauteuil du chef…

très vite j’eus la désagréable impression de le déranger.

Il me demanda mon nom, mes coordonnées, ne me demanda pas d’où je

venais, ni comment , ni même les circonstances de découverte du corps. Je lui

montrais mon passeport avant qu’il ne me le demande. Il y jeta simplement un

rapide coup d’œil. Il me demanda juste de confirmer ce qu’avaient dit Nora

et Jacques, combien de cadavres j’avais trouvé et où. Puis, en me montrant sa

montre, il me fit comprendre qu’il avait un rendez-vous urgent et qu’était

venu le moment de partir. Il me tendit une carte d’un officier de police

francophone à Ayr qui pourrait me faire préciser ma déposition. J’étais prié de

m’y présenter à la première heure sous peine de lourdes sanctions.

Lesquelles ? Je n’avais pas pu le savoir précisément mais j’avais réussi à

comprendre qu’il laissait planer un doute sur la confiscation du bateau.

Ouvrant la bouche pour objecter que, étant venu en voilier, ça pourrait être

difficile, je la refermais immédiatement puisqu’il se leva et vint ouvrir la

porte, me signifiant la fin de l’entretien.

Effectivement l’entrevue avait été brève. Et c’est peu dire que j’avais été déçu de l’attitude de l’agent de police.Aucune question me concernant, quand j’étais arrivé, d’où je venais. Les

autres découvertes ne l’intéressaient pas ; pas sa juridiction …

Il est vrai que mon anglais … indigent n’aidait pas à faire une déposition en

bonne et due forme… ou alors Nora et Jacques lui avaient parlé de moi et, du

coup, l’agent de police en savait assez.

Je retournais au bar où je retrouvais Michel le serveur provençal qui finissait

tranquillement de siroter sa bière tout en regardant une tablette.

— Pas trop déçu ? fut le seul mot d’accueil.

— Vous m’aviez pourtant prévenu. L’entretien a duré à peine 5 mn. Je n’ai

quasiment rien pu dire. La police écossaise a une curieuse façon de travailler.

— Steve est loin de représenter toute la police écossaise, qui comporte

beaucoup de gens très bien …

— Mais il ne m’a quasiment rien demandé ; je n’ai même pas pu lui expliquer

que le corps était dans le même état qu’aux Glénans. Il ne m’a pas laissé le

choix : je n’ai plus qu’à me débrouiller pour aller à Ayr dès que le jour se lève. J’espère qu’il y a un port.

— Pas de plaisance, à ma connaissance. Mais ça devrait aller. Sinon il y a la

marina de Troon dont on dit le plus grand bien .

— Finalement j’ai l’embarras du choix mais je vais plutôt viser Troon comme

je l’avais déjà prévu… si le vent est d’accord.Sur le chemin du retour, j’aperçus au loin, près de l’embarcadère, un véhicule avec des feux clignotants, sans doute l’ambulance qui allait emmener le cadavre par le prochain ferry.

J’apprendrais plus tard que l’autopsie aurait lieu à l’hôpital universitaire de

Glasgow.


CHAPITRE TROIS : LE CONTINENT … ECOSSAIS


Et puis au cours de la nuit, alors que je rêvais, ou plutôt cauchemardais, à propos de cadavres accrochés aux bouées dans des endroits improbables, le vent rentra d’est. Au début le voilier était gentiment « bercé » puis dans mon demi-sommeil je compris

que, les vagues devenaient de plus en plus fortes ; il allait falloir quitter ce mouillage.

Encore tout endormi je me levai, enfilai péniblement mes vêtements et, m’agrippant aux mains courantes du carré, j’entrepris une progression prudente vers le cockpit.

Le vent était maintenant bien établi et il n’y avait plus qu’une vingtaine de mètres qui me séparait de la côte. La bouée dérapait-elle ?

Il devenait urgent de déménager.Je démarrai le moteur, enclenchai une petite marche avant ainsi que Otto le fidèle pilote automatique, puis me tenant aux filièresdu bateau qui roulait bord sur bord, j’ atteignis l’avant.

Larguer la bouée tout en surveillant la côte fut un jeu d’enfant.

Je m’étais déjà éloigné d’une bonne centaine de mètres et jugeais la distance suffisante pour hisser la grand-voile.

Une fois celle ci bien étarquée, serrant le vent au plus près, j’arrêtai le moteur. Le vent n’était pas si fort et la gîte était tout à fait raisonnable. Je déroulai le génois et sentit le bateau qui s’élançait.

Sachant que la route était libre de tout danger je m’accordai quelques minutes pour étudier la carte et déterminer un point d’arrivée facile à atteindre et où je pourrai finir ma nuit

tranquillement.

Le policier que j’avais rencontré la veille m’ avait donc demandé de faire ma déposition officielle dans la ville principale de la région, Ayr.

Il m’avait assuré qu’en outre j’y trouverais un agent parlant rançais.

Mais un rapide coup d’œil sur l’écran de ma tablette me confirma que la route directe menait à Troon. Ce port avait l’avantage, outre d’être bien abrité et suffisamment

profond, d’être situé près de l’ aéroport de Prestwick où Juliette devait atterrir.

Je jetai un rapide coup d’œil à l’extérieur. Tout paraissait clair hormis la côte qui semblait se rapprocher très vite. Il me fallut quelques minutes, plongé sur la carte, pour m’assurer que je

disposais néanmoins d’une bonne heure.

Je mis la bouilloire à chauffer. Un café, même soluble, serait le bienvenu. Quelques minutes plus tard, tenant avec précaution une tasse bien chaude, je regagnais le cockpit. Devant moi les lampadaires et autres lumières dessinaient la côte.

Je repensais au pandore de l’île d’Arran. La rencontre avait été expédiée c’est le moins qu’on puisse dire. J’avais découvert un cadavre et il ne m’avait même pas demandé mon passeport! Si cette rencontre n’avait pas eu lieu sur une petite île on aurait pu croire que l’officier de police avait un train à prendre. Les questions sur les évènements du jour avaient pris quelques secondes. Ou bien il était très doué ou alors son métier ne

l’intéressait pas. Le contraste avec les policiers Français, quiavaient recueilli ma déposition, était saisissant. J’ étais donc reparti avec la consigne de faire la vraie déposition à l’office de la ville d’Ayr… et très rapidement : le lendemain avant midi. Je n’avais pas pu expliquer que j’étais en voilier, que tout déplacement ne pouvait pas se faire sur un claquement de doigts, que la météo …

Bref j’ étais reparti du poste de police avec le sentiment bizarre d’être venu pour rien. Sans doute la mort d’une jeune femme était un phénomène anodin dans ce coin d’Ecosse…

Je constatais que presque une heure s’était écoulée et que je devais me préparer à entrer au port.

Dans la pénombre je distinguais maintenant sur ma droite un feu à éclat blanc/rouge. Je ne devais pas être à plus d’un mille nautique

de l’îlot Lady Isle, marquant l’entrée du port de Troon.

Bien abrité, proche de l’aéroport international de Glasgow-

Prestwick, celui-ci constituait un point de départ idéal pour Ayr et

pour que Juliette me retrouve.

D'autres souvenirs récents me traversèrent l’esprit ; le départ de

Concarneau en solitaire deux semaines plus tôt, notre séjour à

Barcelone en ramenant le Skerryvore de Toulon l’année dernière.

M’arrachant à ma rêverie, je me concentrai sur l’arrivée au port.Tranquillement mais fermement je roulai la voile d’avant. Puis

venant bout au vent je larguai la drisse de grand voile. Celle-ci

descendît d’un coup et eut le bon goût de se ranger proprement

dans le lazybag. Je repris ma route au moteur.

J’ attendis d’avoir franchi les jetées du port et d’être dans des eaux

calmes pour aller installer les « défenses » et ainsi, protéger la

coque. Le jour se levait timidement. Revenant dans le cockpit pour

modifier le cap du pilote automatique, j’ aperçus les premiers

pêcheurs qui émergeaient de la nuit et avaient déjà pris place sur la

jetée …

Bien à l’abri de celle-ci, j’ embouquai la courte passe qui

permettait d’entrer dans le bassin de plaisance.

Pour avoir vu sur la carte la configuration du port la veille au soir

je savais que le ponton visiteur se trouvait à droite en entrant.

Dans les premières lueurs du jour je vis que celui-ci était vide de

tout bateau.

Je choisis une place bout au vent et coupais les gaz. Le bateau finit

en douceur sur son erre. Je descendis rapidement sur le catway et

courus attraper le balcon avant. Le voilier ne tapa pas contre le

ponton. Les deux amarres avant passées, je fixai celle de l’arrière

ainsi que la garde.*,

CHAPITRE QUATRE : EN ÉCOSSE AUSSI IL Y A DES CACHOTTIERS

J’ entendis quelqu’un derrière moi qui applaudissait. Empoignant

fermement les haubans, j’enjambai la filière. Je me retournai alors

vers l’inconnu. L’homme qui se tenait devant moi esquissa un

sourire qui se voulait engageant…Je m’étais habitué à ce que mon pavillon français suscite des

réactions depuis que j’étais arrivé dans les îles britanniques mais

jamais je n’avais eu droit à des applaudissements. Je cherchais

quelques mots d’anglais à marmonner mais à ma grande surprise

l’écossais matinal m’ adressa la parole avec un français

impeccable. Tout juste si je pus discerner un discret accent.

— Vous avez navigué toute la nuit ? D’où venez-vous ?

— Je viens de l’île d’Arran , lui répondis je, en joignant le geste à

la parole pour montrer les hauteurs de l’île qui semblaient à portée

de main.

— Le bateau n’allait pas vite ou vous êtes parti tard ? s’enquit le

promeneur.

Cette fois c’est moi qui ne pu m’empêcher de sourire. Comme sur

tous les pontons du monde la conversation démarrait facilement.

— C’est à dire que je me suis couché à une heure raisonnable.

J’étais sur une bouée devant Brodick, et, malgré des prévisions

météo favorables, le vent est rentré d’est vers 2 h du matin. Ça

devenait un peu casse bateau et comme de toute façon je devais me

rendre à Ayr ce matin…

—Vous voilà devant moi au petit matin. m’interrompit l’écossais

matinal, profitant de mon débit ralenti.— A quelle heure devez-vous être à Ayr ? reprit il avec toujours ce

même sourire sympathique.

— A vrai dire je n’ai pas d’heure. Je dois simplement aller faire

une déposition au poste de police avant midi. D’ailleurs je vais

devoir trouver un taxi. Si vous en connaissez un ?

— Je dois me rendre à Ayr ce matin, je peux vous y emmener si

vous voulez.

— Alors là, volontiers ! Le policier d’Arran m’a un peu irrité en

me disant d’aller finir ma déposition ce matin à Ayr sans s’occuper

de savoir si je pourrais y être.

— Il se prénomme Steve je parie.

Interloqué, je relevais lentement la tête vers l’inconnu.

— Vous le connaissez ?

— Oh ici tout le monde a entendu parlé de lui un jour ou l’autre,

répondit il négligemment.

— Vous partez quand ? Dites moi où je vous retrouve et à quelle

heure ?

— Si je passe vous prendre dans une heure est-ce que ça va ? Je

dois être à Ayr avant 9h 30. Il est 7h30 , je rentre à la maison. Je

me prépare et j’arrive vers 9 h. OK ?

— D’accord !

Je rentrais dans le bateau, mis un peu d’ordre tout en faisant

chauffer de l’eau avec l’idée de me faire un vrai café.

Soudain j’ entendis une dispute monter du quai. Passant la tête par

l’ouverture je vis un petit attroupement autour de deux personnes

qui parlaient très fort.

Mon anglais limité ne me permit pas de comprendre quelle était la

raison de l’altercation mais je vis arriver « mon » écossais matinal

dont la simple présence suffit apparemment à disperser le groupe.

Les deux femmes qui se parlaient fort l’instant d’avant étaient

parties chacune dans une direction opposée. Quant aux badauds ils

avaient fait comme dans tous les pays du monde : faute de «combattants » ils avaient repris leur chemin.

Le sifflement de la bouilloire me rappela à l’ordre. La tentation d’un vrai café me fit oublier mon projet de finir ma nuit. De toute manière il était bientôt neuf heures.

Je m’étais placé au plus près de la passerelle menant au quai, regardant les bateaux amarrés dans le port. En Écosse, comme partout ailleurs, leur taille moyenne augmentait et un voilier d’au moins 12 m devenait la norme.

À 9h tapantes j’aperçus une voiture de sport, d’un rouge flamboyant, qui stoppait le long du quai. Fenêtre ouverte, en bras de chemise, mon taxi improvisé contemplait le port. Je le hélais en agitant les bras. Et je montais rapidement sur le quai.

Machinalement je fis le tour de la voiture et me présentais devant ce qui pour moi était le côté passager.

— Cela vous embête si je reste au volant ?

Il avait dit cela en prenant un air amusé. Confus je refis le tour du véhicule et cette fois ouvrit la portière côté passager britannique.

— Désolé pour cette confusion ; en plus je n’ai pas mon permis !

— Vous l’avez égaré ?

Je répondis sans me formaliser de ce commentaire incongru

— Non, mais je n’ai jamais pris le temps de le passer et maintenant j’ai les moyens de prendre le taxi.

— Que faites-vous comme métier lorsque vous ne naviguez pas ?

— En fait je travaille même quand je navigue. Je suis écrivain.

— Joli métier. Vous avez publié beaucoup ?

— J’ai publié 3 romans mais en fait j’écris plutôt pour des séries télévisées.

— Pas mal comme job.

Nous étions sorti de Troon. Des terrains de golf bordant la route rappelaient que nous étions bien en Écosse. Plus loin un avion décollait de l’aéroport de Prestwick. La campagne écossaise était bien verte et menaçait de le rester à l’aide des nuages qui arrivaient. Il reprit :

— Vous ne me parlez pas du temps écossais ?

— Je surveille juste le vent. Soleil ou pluie m’indiffèrent, les paysages sont tellement magnifiques. Quand au brouillard il ne m’a pas gêné jusqu’à présent.

— Vous êtes un voileux passionné !

— Peut-être qu’arrivé à Stornaway, j’aurai changé d’avis…

— Vous montez tout là-haut ?

— C’est le projet en tout cas.

— En solitaire ?

— J’aime bien. Je peux écrire quand je veux comme ça.

Je n’aurais su dire pourquoi mais je n’avais pas envie de mentionner Juliette qui devait me rejoindre à Troon et découvrir l’Écosse avec moi.

Le trajet se déroula très agréablement, au loin sur notre droite les hauteurs de l’île d’ Arran nous accompagnèrent jusqu’à Ayr. Nous avons devisé agréablement. Je lui racontais mon périple n’évoquant que le cadavre de Brodick découvert par mes voisins de mouillage.

— C'est la raison de votre déposition ?

Je bougonnais un oui excédé puis demandais à mon guide comment il parlait si bien français. Il m’ expliqua avoir vécu cinq ans à La Rochelle pour son travail.

J’allais lui demander ce qu’il faisait comme métier mais nous étions arrivés. Mon chauffeur stoppa devant le commissariat facile à reconnaître avec son panneau ‘ Police Scotland’

—Merci de m’avoir déposé juste devant.



CHAPITRE CINQ : ET PUIS QUOI ENCORE ?


— Ne me remerciez pas, je n’ai pas eu à faire de détour ; je travaille ici. Et d’ailleurs je dois recevoir la déposition de quelqu’un qui vient de Brodick, me dit il en souriant. Je masquais mal mon étonnement et me demandais si j’avais bien entendu. Il ajouta toujours en souriant :

— Comme ça une partie de la déposition est faite. Au fait je m’appelle Franck Porter. Vous êtes bien Erwan Le Skanv ?

— Qu’est ce que je suis sensé répondre ? Que je vous remercie d’être venu me chercher ?

J’étais un peu fâché qu’il n’ait pas joué franc-jeu… Tout en me conduisant dans le dédale du bâtiment, il reprit :

— Notre correspondant à Brodick, le dénommé Steve, vous a dépeint comme le principal suspect, un criminel international.

J’avoue que j’ai voulu me faire une idée par moi-même.

— Et alors ?

— Alors je reste dubitatif. vous passiez par là par hasard. J’attends les premières conclusions du labo et les études sur la dérive qu’a subi le corps mais j’ai aussi cherché les disparitions récentes. Jen’en ai trouvé qu’une seule, une jeune fille en vacances avec ses parents , près de Glasgow, la semaine passée.

— Donc apparemment je n’ai rien à voir ! Faut il que je continue ma déposition ?

Je n’avais plus envie de rire, ni même d’être aimable. Le policier prît deux feuilles A4 manifestement issues d’un fax puis me montra un ascenseur . Celui-ci s’arrêta au deuxième étage.

— Seulement quand je reprends les notes de mon collègue, je suis obligé d’aller jusqu’au bout de la démarche et de vous garder deux ou trois jours. Sans doute il y aura une perquisition à faire à bord de votre bateau.

J’étais abasourdi. Il vit le choc ainsi créé et me demanda de l’excuser, me dit qu’il ne pouvait faire autrement …

— Mais je dois rendre cinq pages à mon éditeur ce soir.

En disant cela je me maudis d’avoir attendu le dernier moment pour écrire … comme d’habitude. En fait c’est toute une équipe qui allait attendre pour préparer le tournage du prochain épisode de la série.

— Je comprends. Mais c’est la procédure …

Je ne pus m’empêcher de répliquer, de plus en plus de mauvaise humeur :

— La procédure est stupide. Il va falloir la changer ! On est obligé de l’appliquer ?

Il me sourit encore, ce qui eut le don de m’exaspérer. Je n’avais plus envie de parler.

— Je vais vous demander de patienter quelques minutes. Je vais aller voir mon chef et tâcher d’obtenir des aménagements pour la garde à vue.

À ces mots je rompis mon vœu de silence et m’écriais :

— La quoi ?

Je me sentais pris dans un engrenage infernal. Je réussis à garder des apparences de calme.

— Cela n’est peut-être pas utile que je reprononce ce mot ? Je descends.

Il ouvrit la porte et disparut. Dans le couloir passait une femme de ménage qui poussait un chariot grinçant tout en tirant un aspirateur. Je refermai la porte et retournai m’asseoir. Vingt

minutes passèrent sans qu’il ne revint. Je commençai à avoir des fourmis dans les jambes. À nouveau j’allai inspecter les alentours.

La femme de ménage atteignait le bout du couloir tout proche et l’ascenseur. Elle prit un téléphone dans sa poche. Je réussis àcomprendre qu’elle s’adressait à une collègue et lui parlait de lui envoyer le chariot par l’ascenseur.

Cette information me déçut. J’avais espéré qu’elle descendrait avec son attirail et que le couloir serait libre. Ayant dit cela elle poussa le chariot dans l’ascenseur et appuya sur le bouton du sous-sol puis disparut dans le bureau voisin.

Trouvant l’attente un peu longue, je décidai d’aller aux nouvelles en espérant qu’on n’ allait pas me coller une tentative d’évasion sur le dos..

J’avais entendu les portes et la sonnerie caractéristique de l’ascenseur quelques secondes après que l’inspecteur soit parti. On pouvait supposer qu’il se rendait au rez de chaussée ( soit deux étages plus bas) . Je pris aussi l’ascenseur qui, dans mes souvenirs,devait m’amener juste devant l’accueil. Je regardai l’heure. Il fallait que je prévienne Juliette avant qu’elle ne s’inquiète.

Lorsque je sortis de l’ascenseur, je ne reconnus rien jusqu’à ce que je comprenne qu’il y avait un deuxième ascenseur à l’autre bout du couloir. Celui-ci devait être l’ascenseur de service. Pensant qu’on aurait pu se croiser et que j’allais être accusé de tentative d’évasion, je hâtai le pas vers l’accueil.J’y trouvais une charmante policière trônant derrière un comptoir antique.

— Hello Mister, can I help you ?

Baragouinant mi français mi anglais , je lui demandais où je pouvais trouver le boss ? Elle haussa les épaules et me dit qu’elle l’avait vu passer, accompagné de l’inspecteur Franck Porter, celui- là même avec qui j’étais arrivé. En tout cas c’est ce que je compris

… mon sang ne fit qu’un tour. Ils étaient repartis au 2ème …

Je sortis mon téléphone pour appeler Juliette et dans ma panique,composais le 2 sur le téléphone, et non sur le bouton de l’ascenseur.. Évidemment ni l’ascenseur, ni Juliette n’apparurent. Reprenant mes esprits je fis les choses dans le bon ordre. Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent. Par chance il y avait du réseau et Juliette me répondit tout de suite. Je réussis à lui expliquer brièvement le rôle incroyable qu’on voulait me faire tenir. Elle sembla comprendre puisqu’elle me dit qu’elle arrivait avec mon ordinateur.

La sonnerie de l’ascenseur retentit et le numéro 2 s’afficha surl’écran.

Les portes s’ouvrirent et j’aperçus sur le seuil du bureau de Franck Porter, deux hommes dont lui. L’autre parlait fort et manifestement lui reprochait de m’avoir laissé sans surveillance. En m’apercevant il baissa d’un ton et Franck sortit la tête des épaules et esquissa un sourire.

— Où étiez vous passé ?

— J’étais allé aux toilettes.



CHAPITRE SIX : VISITE A BORD


Je vis le chef, prendre un air pensif. Prenant l’air inspiré, il marmonna quelque chose que l’inspecteur me traduisit immédiatement :

— On va faire la perquisition du bateau maintenant !

Je ne pus m’empêcher d’ironiser :

— Si j’avais pensé avoir de la visite, j’aurais fait du rangement.

Franck ne releva pas, quant à son chef il ne comprenait pas le français …

Nous partîmes tous les trois pour Troon. Ils avaient eu le bon goût de ne pas me passer de menottes.

Je refis la route à l’envers, ayant l’impression de découvrir un autre paysage. Nous dépassions l’aéroport. Un avion atterrissait. Jepensais à Juliette pour qui le voyage en Écosse virait au cauchemar. Quant à moi j’avais l’impression que ça n’était qu’un mauvais rêve, que j’allais bientôt me réveiller et retrouver une vie normale. En fait je n’étais pas arrivé au bout de mes peines. Franck stoppa la voiture devant la passerelle. En descendant sur le ponton j’eus la sensation que quelque chose

Posts récents

Voir tout
C'est encore loin l'Irlande ?

C’est à l'approche des îles Scilly que le GPS était devenu muet, son écran figé. Rien ne semblait le réveiller. Pourtant, en ce mois de mai c’était une traversée tranquille vers Kinsale qui s’annonçai

 
 
 

Commentaires


bottom of page